La découverte du GIR, le calcul de la dépendance

Découvrez le GIR, pour mesurer rapidement la dépendance de votre proche fragile. Un outil essentiel pour les aidants familiaux. Grâce à des critères concrets du quotidien vous mettez une gradation à la perte d’autonomie que vous allez devoir prendre en charge

 

Quitter le GIR on et y revenir…

GIR ???

Qui se cache derrière cet acronyme peut engageant au premier abord ?

GIR, Non ça n’est pas Groupement d’Intervention des Retraités, remarquez que cela serait assez drôle, mais…. non. Une autre idée ? Gérontologie et Investissement pour les Retraités ? Non plus, raté, c’est si simple ….

Vous abandonnez ? Ok, c’est là que j’entre en scène (il faut bien que je me sente utile !), GIR, signifie Groupe Iso Ressources. Evident non ? Comment ça bof ? Bon, allez, je vous l’accorde, c’est aussi limpide que de rouler sans phare en pleine nuit !

Alors voilà, c’est une classification du degré d’autonomie d’une personne âgée. Là, ça peut vous parler ou plutôt ça doit vous parler…..

Bon, à bientôt J

Non je plaisante…. Vous n’êtes pas plus avancés… je sais j’étais dans le brouillard à l’époque, une fois que l’on sait ce que c’est, on n’est pas plus armés, sur ce qu’on peut en faire, ou comment l’actionner !

Une fois que j’eus fait mes recherches sur internet, comme tout le monde, je me suis mis à regarder plus attentivement mes parents, un peu comme si la réponse allait me sauter aux yeux, comme si leurs nouveaux comportements allaient me le crier.

Mais la bonne chose c’est que je commençais à les observer de près et à rentrer dans leur quotidien, qui n’était pas le mien ! Mais comment aider quelqu’un qu’on connaissait solide et plus qu’autonome, qui est en train de s’affaiblir et de justement perdre son autonomie ? Devinez …. On ne peut pas.

Alors j’ai regardé…. Un peu, un peu tous les jours, à la dérobée, j’ai appris à décrypter les tous petits signes, à voir ce qu’ils étaient malgré ma propre pathologie, l’autruchite aigüe.

Et quand on regarde, surprise …. On voit !

Mes parents avaient de plus en plus de mal à faire les choses les plus simples, s’organiser, anticiper, se situer dans le temps, je me souviens d’un jour ou ma mère a mis de bien trop longues minutes pour me dire la date du jour. Je repassais ces fichus GIR dans ma tête, et je me demandais comment savoir lequel les concernait… d’ailleurs, de mon point de vue de « spécialiste » ils ne semblaient pas en être au même stade. Chacun évoluait dans sa propre direction….

Alors, réflexe primaire, je fis le tour de mes amis, ceux dont je savais ou pensais qu’ils étaient confrontés aux mêmes questions. Et cette bande de petits malins me tança avec un superbe :

« Et bien, Alain, il suffit juste de demander à une assistance sociale de venir pour faire une évaluation et calculer le GIR, c’est simple  »

Quoi ? Les assistantes sociales font ça ? Bon je n’y connaissais pas grand-chose (et c’est encore un euphémisme) mais dans mon esprit elles plaçaient plutôt les enfants avec des vies difficiles dans des nouvelles familles, oui je sais…. C’est très réducteur… mais c’était ma vision de l’époque, que voulez-vous 🙂 Donc elles calculaient aussi le GIR…

Et je les trouve où ces expertes du GIR ? ai-je répondu… un peu goguenard. Un regard plein de compassion mais un peu teinté d’ironie bienveillante accompagna la réponse : « appelle le conseil général, c’est le mieux, le département Actions sociales, tu verras … »

Le lendemain me trouva à la recherche de LA perle rare, elle ne devait pas être simple à trouver, elle devait être seule, débordée, harassée par tant de travail, elle ne devait rien y connaitre et faire ça en plus du reste.

J’obtins un rdv et là, je n’accueillis pas chez mes parents une dilettante qui faisait des évaluations sur ces heures libres, en plus pour arrondir ces fins de mois, mais une professionnelle extrêmement humaine, avec une approche douce et empathique, qui connaissait parfaitement son travail. Je n’avais d’ailleurs pas l’impression qu’elle travaillait mais qu’elle venait en aide à deux anciens amis qu’elle affectionnait. Et chez moi un sentiment étrange, de devoir partager un peu mes parents. Une grande première pour moi.

Je me suis trouvé si idiot, le dilettante c’était moi, moi qui ne savait rien, et qui avait déjà eu du mal à ouvrir les yeux sur la réalité. Cette rencontre changea ma relation avec mes parents. Car bien plus que de savoir quel était leur GIR respectif, à travers ces questions, je prenais conscience que c’était aussi la pudeur et la dignité de mes parents qui faisait obstacle à ma prise en compte de leur état.

Il avait fallu qu’une inconnue entre dans leur vie pour qu’ils puissent s’ouvrir à quelqu’un dont il ne craignait pas le jugement, et dire ainsi, même en filigrane, les soucis nouveaux qui étaient les leurs. Ils avaient sans doute peur de me dire, à moi, leur fils, qu’ils avaient du mal à s’habiller, à s’orienter, à se laver. Je les connais, ils ne voulaient pas que je m’inquiète. Et plus que cela, ils refusaient, déjà du plus fort qu’ils pouvaient, l’idée de devenir mon fardeau par-delà le temps qui s’annonçait être long, celui de la dépendance.

J’observais cette grille AGGIR (pour Autonomie Gérontologie Groupement Iso Ressources, ça ne s’invente pas J )se remplir et avec elle mon innocence et mes illusions s’envoler, je guettais les A (stade le moins avancé) mais beaucoup de C s’accumulaient et venaient donner corps à cette nouvelle réalité. Qu’importait, je me consolais en me disant que l’important étaient qu’ils soient là, qu’ils soient avec moi, et c’est toujours ce que je me suis dit, jusqu’à la fin. Pouvoir être avec eux.

Cela aurait pu m’abattre et pour être honnête, j’eus un petit moment de moins bien. Il est toujours difficile d’être confronté à cette prise de conscience. Mais rapidement j’en tirais une conclusion aussi factuelle et simple que la réalité s’assombrissait. Je savais qu’il me fallait profiter d’eux, car la fin venait de s’inviter dans leur vie, et donc dans la mienne. J’allais faire en sorte qu’ils soient au mieux, je devais m’adapter. Notre relation aurait une fin, l’éternité et l’immuable n’était plus de la partie.

Je pris de ce jour précis, un plaisir décuplé à passer du temps avec eux. Quelques soit les motifs, la logistique, car j’avais compris que lorsque les choses ont une fin elles prennent une saveur différente. Je ne les aimais pas plus fort, cela ne se pouvait pas. Mais je les aimais mieux car je faisais les réserves d’affection dont mon cœur savait qu’il allait évidement manquer. Je tentais d’emmagasiner, de fixer les moments, les situations, les réflexions. Et aussi les remarques de mon père (il était drôle) et la vision des choses de ma mère. Je multipliais les moments de partage. J’aurai voulu enregistrer tous leurs souvenirs. Je voulais retenir en moi ces impressions, ce confort du cœur qui l’inondait immanquablement quand j’étais simplement à leurs côtés, à ma place.

De nombreux cas autour de moi me donnait de surcroit des preuves supplémentaires que j’avais déjà de la chance de les avoir encore, que même un peu pénible parfois, je ne vivais que le cours naturel de la vie et que c’était ma chance. Même dans la dépendance, ils étaient ma chance.

Moi qui avais si promptement quitté le giron familial, je devais à présent réduire la distance d’une vie que l’on bâtit. De GIR on il était de nouveau question, et nous allions pouvoir AGGIR tous ensemble, et pour eux. La prochaine étape était l‘allocation personnalisée d’autonomie….

Avez-vous déjà été confronté à cette étape ? Comment l’avez-vous vécue ? Aviez-vous déjà entendu parlé du GIR ? Partagez vos retours !

La suite au prochain épisode 🙂

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